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Quand certains Ehpad font le pari des robots

Par Thomas Lamarre, le 12 décembre 2019

Les robots compagnons, solutions pour les Ehpad ? En France, certains établissements se sont laissé tenter pour favoriser les interactions avec les résidents. Read More

Dans le rapport sur « Les innovations numériques et technologiques en gérontologie »(1) qu’ils ont présenté en juin dernier, Marc Bourquin, conseiller Stratégie de la FHF et Jean-Pierre Aquino, Délégué général de la SFGG, ont appelé les pouvoirs publics « à développer massivement les nouvelles technologies » au service des seniors, lesquelles peuvent en effet « servir de catalyseur pour promouvoir les capacités de la personne ». Les robots ne font pas exception. Les auteurs ont insisté sur le fait que ces derniers « ne sont pas déshumanisants, ne sont infantilisants que dans l’esprit des bien-portants et peuvent maintenir les capacités cognitives ». En outre, pour une personne atteinte de troubles cognitifs ou autiste, « une activité répétée tous les jours active la mémoire procédurale », notent les auteurs. À chaque fois, la personne « a l’impression que c’est un nouvel objet, mais en revanche un objet familier et elle a l’intuition qu’elle peut interagir ».

Gym, chant, danse

Certains établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes se sont laissé convaincre. En janvier dernier, par exemple, le groupe Maisons de famille a annoncé qu’il allait équiper chacun de ses établissements (quinze Ehpad et une résidence services) d’un robot humanoïde pour animer le quotidien des résidents âgés. D’une hauteur de 57 centimètres et commercialisé par la société belge Zora Bots(2), le robo Nao (fabriqué par SoftBank Robotics) et équipé de la SolutionZora coûte 15 000 euros l’unité. Un investissement conséquent. Le but est de l’utiliser « pour des activités de gymnastique douce, de chant, de danse », précise Delphine Mainguy, Directrice générale de Maisons de Famille France, dans les colonnes du quotidien La Croix (3)Paramétré par un soignant ou un animateur, il peut en effet montrer aux personnes âgées les mouvements à suivre mais aussi faire un petit discours, lancer des quiz etc. Programmable via une tablette, il suffit de rédiger un texte sur l’écran tactile pour que le robot équipé de la solution Zora le répète.

Faciliter certains soins

« On ne développe pas des robots fonctionnant en totale autonomie », souhaite rassurer Raphaël Tassart, responsable de la communication de Zora Bots (3). L’objectif est plutôt d’aider à capter l’attention des personnes âgées d’une autre manière, notamment celles atteintes de troubles cognitifs, et de permettre au personnel des établissements d’avoir une approche plus ludique avec certains résidents. « Dans certains cas, cela pourra aussi faciliter certains soins un peu difficiles, complète Delphine Mainguy. L’attention du résident pourra être attirée par le robot pendant que l’infirmière fera des pansements, par exemple. » Séduit, l’Ehpad public Lasserre d’Issy-les-Moulineaux, a acquis le robot dès 2015, par exemple. Et aujourd’hui, ZoraBots revendique le déploiement de plus de 2000 d’exemplaires dans le monde.

Robots émotionnels

D’autres modèles ont été mis au point, tels que Paro, un phoque en peluche animé qui réagit au toucher et à la voix. Ce « robot émotionnel d’assistance thérapeutique » utilise « les bénéfices de la thérapie animalière » pour offrir aux « personnes atteintes de troubles du comportement et de la communication » une « amélioration de leur bien-être et de leur qualité de vie dans un cadre non médicamenteux », expliquent ses concepteurs japonais. Évalué en 2018 au sein de onze Ehpad mutualistes, ce robot semble avoir un effet positif sur la prise en charge de la douleur et sur « le comportement, le bien-être, voire le lien social des résidents », pointe la Mutualité Française(4).

Assistance physique

De son côté, la start-up New Health Community a présenté, il y a quelques mois, Charlie, qui est prêt à être déployé dans les établissements sanitaires et médico-sociaux pour faciliter les échanges entre les patients et les soignants. Buddy, doté d’une tablette tactile et de roulettes, peut être commandé a? distance, proposer divers jeux, diffuser des informations, des vidéos, de la musique ou des photos et, enfin, permettre de dialoguer à distance avec la personne âgée. Kompai, français quant à lui, va plus loin : il dispose d’une barre d’appui pour aider les seniors à se déplacer. Quant au Japonais Riba (pour « Robot for interactive body assistance »), il est même capable de soulever ou de déposer une personne âgée du lit au fauteuil roulant.

Un substitut aux humains ?

Le but n’est pas de remplacer l’humain dans les Ehpad, rappelle régulièrement Tommy Deblieck, Directeur associé de Zora Bots. Pour lui, ce type de robot doit être perçu comme un outil. Qui, paradoxalement, semblerait apporter un peu plus d’humain dans les établissements… Depuis l’arrivée, en mars dernier, d’un robot baptisé Juliet, la résidence de Niederbourg à Illkirch-Graffenstaden (Bas-Rhin) constate ainsi une augmentation du nombre de visites des petits et arrière-petits-enfants dont la curiosité est attisée par la présence l’humanoïde(5) !

Pour vous en faire une meilleure idée, rendez-vous sur SANTEXPO qui se tiendra du 26 au 28 mai 2020 à Paris, Porte de Versailles.

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Sources

(1)  Ce rapport commandé par Luc Broussy, Président de la Filière Silver Economie, est accessible via le lien suivant : https://www.fhf.fr/Presse-Communication/Espace-presse/Communiques-de-presse/Nouvelles-technologies-et-grand-age-mieux-vieillir-avec-le-numerique.

(2) Zora est un « logiciel » qui intègre le robot humanoïde Nao, développé par la société française Aldebaran Robotics2 et rachetée par le groupe japonais SoftBank Robotics.

(3) Article « Les robots humanoïdes dans les Ehpad soulèvent des questions éthiques », paru le 31 janvier dans le quotidien La Croix.

(4) Rapport « L’utilisation du robot Paro dans des Ehpad aupre?s de re?sidents atteints de troubles cognitifs », de la Mutualité française, publié le 24 octobre 2018 et accessible via le lien : https://www.mutualite.fr/actualites/robot-paro-un-rapport-evalue-son-usage-en-ehpad/

(5) Article « Un Ehpad d’Illkirch accueille Juliet, un robot pour divertir les personnes âgées », paru en juin 2019 sur le site francebleu.fr  (lien : https://www.francebleu.fr/infos/sante-sciences/illkirch-un-ehpad-accueille-juliet-un-robot-pour-divertir-les-residents-1561229138)

 


 

Pour réussir l’intégration des robots

Dans leur rapport(1), Marc Bourquin et Jean-Pierre Aquino rappellent quelques règles de base pour faciliter l’appropriation des robots au sein des équipes en Ehpad. Parmi elles : « bien comprendre que l’on est loin de supprimer du personnel » et que « lorsque deux personnes, soignant(e) et psychomotricien(e), interviennent pour la réhabilitation motrice et cognitive » en utilisant un robot, « tous les résidents participent ». À défaut, « les patients ne sont pas motivés ». Ils suggèrent, en outre, de « ne pas faire rêver les équipes sur des projets qui n’aboutiront pas » et de procéder à une « évaluation du contexte de l’établissement pour justifier l’acquisition » de tels outils.

 


 

Questionnements éthiques (facultatif)

Le professeur Roger Gil, Directeur de l’Espace de réflexion éthique de Poitou-Charentes, semble partagé sur l’intérêt de ces robots. « Intéresser, émouvoir, distraire, pourquoi pas ? », évoque-t-il(1). Il s’interroge toutefois sur « la charge illusionnelle qu’ils peuvent déployer : illusion de vie, doudou ou objet transitionnel dont les personnes âgées, a? l’instar des enfants, ne pourraient pas se passer, substitut des relations humaines mimant l’empathie ». Il appelle donc à un questionnement « éthique », c’est-à-dire à « réfléchir aux moyens aptes a? permettre aux applications de l’intelligence artificielle de demeurer au service des êtres humains et non de les asservir. L’illusion n’est tolérable que si elle laisse le choix de revenir a? la réalité ».

Enfin, « il ne peut être ignore? aussi la clientèle que représente pour la silver économie les personnes âgées et, parmi elles, les personnes dépendantes », complète-t-il. C’est donc « ce triangle personnes âgées, intelligence artificielle, silver économie qui devrait être investi aussi par la bioéthique pour éclairer les choix a? faire sur le plan technologique et économique ».

Par ailleurs, un rapport sur « Les aspects éthiques et juridiques de l’usage des nouvelles technologies au service du grand-âge »(2), commandé par la filière Silver économie, vient d’être publié sur le sujet et apporte des éléments éclairants sur le sujet.

 


 

Sources

(1) Article « Robots sociaux et personnes âgées : servir ou asservir ? », publié en juillet 2018 sur le site www.espace-ethique-poitoucharentes.org

(lien : https://www.espace-ethique-poitoucharentes.org/obj/original_092633-cor-robots-sociaux-et-personnesagees-servir-ou-asservir.pdf)

(2) https://www.espace-ethique.org/sites/default/files/28.11.2019-rapport-gzil-brugere.pdf

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