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79oct. 2020

Paris Expo - Porte de Versailles - Hall 1

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Zoom sur Dominique Pon

Covid-19
télémédecine

Dominique Pon, dans cet entretien, revient sur la crise liée au Covid-19 sous deux aspects. En tant que Directeur Général de Clinique et au titre de sa mission en tant que Responsable Stratégique de la Transformation du Numérique en Sant

Dans quel état d’esprit êtes-vous ?

Je vais mieux qu’il y a six semaines quand je suis revenu à plein temps dans ma clinique pour gérer la crise. J’étais vraiment stressé.  En très peu de temps, il fallait tout réorganiser avec des manques de moyens et de protection pour nos soignants professionnels de santé. On a transformé complètement notre hôpital en l’espace de très peu de jours pour faire face à la perspective de l’épidémie. En tant que directeur de clinique, il s’agit de prendre les bonnes décisions pour protéger les professionnels, les soignants, les médecins et l’ensemble des professionnels de santé.

Aujourd’hui l’épidémie en Occitanie a été contenue. Je suis très fier de mes équipes. Je suis heureux de la solidarité qu’il y a eu autour de nous. Les industriels, les voisins, une capacité à transformer les organisations, à créer dans l’inventivité, dans l’hyper réactivité… une super solidarité. Je suis heureux et fier de ça. Mais j’ai un petit fond d’angoisse aussi par rapport à la perspective des conséquences du déconfinement pour lesquelles on reste plus que vigilant.

Dans ce contexte de crise, quelles mesures, quelles actions prioritaires avez-vous été amené à prendre ?

Mon obsession a été « comment faire pour continuer à soigner en protégeant les salariés, les médecins de la clinique ? » Donc cela veut dire d’imaginer, tout dispositif, toute organisation en peu de temps pour protéger. On a coupé la clinique en deux équipes, une équipe à la maison, une équipe sur place pour qu’elles ne se croisent jamais. Il a fallu reconstituer des stocks de masques.

C’était l’enfer de reconstituer ces équipements de protection, mise en place des cellules de crise, des cellules éthiques, des cellules de soutien psychologique, des cellules de suivi de la santé de nos personnels. On a revu toute la partie informatisation des circuits pour mettre en œuvre à vitesse grand V des téléconsultations, du télésuivi de nos patients, du télétravail, des téléstaff. On a mis en place en peu de temps des changements majeurs d’organisation.

À l’issue de la crise Covid-19, quelles seront vos priorités ?

Au sein de ma clinique, une fois la crise terminée, ça sera de dire à tous les professionnels de ma clinique que je les aime trop.

Je les félicite et je suis fier d’eux. J’ai toujours pensé, cela ne date pas d’aujourd’hui, que c’étaient des héros. Mais là, tous les jours, je peux vous dire très sincèrement que j’en ai les larmes aux yeux tellement c’est beau de les voir au travail et engagés. Donc ma priorité sera de leur dire que je les aime.

Du côté des fonctions ministérielles sur le numérique, mon sentiment c’est qu’il y a un côté très réjouissant de voir ce qu’on est capable de faire en France quand on est en situation de crise, l’énergie de nos startups, de nos industriels, de nos médecins. On a déployé des choses à grande vitesse, des trucs qu’il aurait fallu mettre des années à déployer en téléconsultations, en télésuivis, dans les parcours, etc. Mais j’ai une énorme frustration. Elle est liée au fait de ne pas avoir construit de façon solide les fondations du numérique en santé, ce pourquoi je milite avec Laura Létourneau. Depuis le départ, cette vision où l’état doit assumer le fait d’établir des fondations sur lesquelles tout l’écosystème public-privé, les startups, les professionnels de santé et les industriels construisent. Mais pour ne pas travailler en silo, le fait que l’on n’ait pas à date d’aujourd’hui ces fondations solides, fait que ces initiatives, aussi réjouissantes qu’elles soient en termes d’énergie et d’engagement, ne donnent pas la pleine mesure de ce que l’on pourrait être capable de faire si on avait eu la sagesse de construire ensemble des fondations solides et portées par l’État. On n’a toujours pas l’Identifiant National de Santé, c’est l’enfer de recoller un parcours de soins en situation de crise. On n’a toujours pas un espace numérique de santé pour chaque citoyen français. Ça fourmille d’outils. On n’a pas un canal direct Professionnel —Hôpital —Patient, on n’a pas un canal direct enquêteur sanitaire ou tutelle vis-à-vis du citoyen français. On construit plein de trucs mais si on avait construit en amont ces fondations, on aurait une démultiplication fantastique des possibilités d’usages du numérique en situation de crise. Je vous le dis avec mes mots à moi je suis frustré que le Covid ne soit pas arrivé dans deux ans, une fois que ces fondations auraient été dressées, que l’INS était prêt, que l’espace de santé était prêt, qu’on ait un vrai répertoire des professionnels de santé… parce que toute notre créativité en France serait construite sur des briques communes solides et on aurait eu des effets de levier de gestion d’épidémies fantastiques.

Ma priorité sera, à la sortie de cette crise, à nouveau de dire à toutes ces initiatives locales : « Vous voyez, le numérique ça peut être humain, ça peut être au service des professionnels, des patients. On peut avoir une vision éthique et humaniste du numérique. Mais, bon sang, accélérons le truc ensemble et arrêtons de travailler en silos. » Tout ce qu’on a proposé depuis un an et demi avec Laura Létourneau, ayons la sagesse maintenant de les construire définitivement. Il n’y en a plus pour longtemps. Encore un an et demi, deux ans. Faisons-les proprement de façon sérieuse et pragmatique, faisons-les porter par les pouvoirs publics qui s’occupent de ces fondations comme des routes et des ponts dans une ville. Le permis de construire, le code d’urbanisme, les routes, les ponts, c’est l’état qui s’en occupe. Et vous startup, vous professionnel, vous établissement, vous innovateur, construisez là-dessus! On aura un super pays en matière de numérique en santé. Voilà le fond de ma pensée, mon ressenti.

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