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810novembre 2021

Paris Expo - Porte de Versailles - Hall 1

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Zoom sur Éric Guyader

CHU
solidarité

Eric Guyader Directeur du Centre Hospitalier de Beauvais, établissement support du Groupement Hospitalier de Territoire Oise Ouest et Vexin.

Dans quel état d’esprit êtes-vous, dans ce contexte de crise sanitaire ?

Notre état d’esprit a beaucoup bougé pendant toute cette crise. Aujourd’hui, je dirais mobilisé, attentif et engagé.

Mobilisé parce que certes, la crise évolue mais on a besoin d’inventer encore de nouvelles solutions et notamment de rester extrêmement mobilisés dans le cadre de cette phase de déconfinement.

Attentif parce que la crise a beaucoup secoué les professionnels et les équipes. Il faut qu’on soit attentifs à leur état de santé, à leur fragilité aussi et continuer à les accompagner.

Engagé parce que bien évidemment il sera important de tirer quelques enseignements de cette crise et de participer à ce qui pourrait être demain notre système de santé.

Les mesures qui ont été prises, tout d’abord, elles ont été prises par une équipe ,pas par une personne seule, même si bien évidemment et encore plus en temps de crise il y a besoin d’une incarnation. Pour autant, c’est un collectif qui a travaillé et qui a réfléchi qui a imaginé des solutions. Il faut savoir que sur Beauvais nous avons été touchés tout de suite très rapidement puisqu’on est en situation de crise depuis le 24 février. Nous avons été touchés par la première vague puisque dans l’Oise, les établissements notamment de Creil et Compiègne ont reçu les premières vagues et nous étions en soutien.

On a dû inventer, imaginer alors qu’on était en avance de phase et qu’il n’y avait pas de solution toute faite. Il n’y avait pas de protocole encore. Il y a beaucoup de choses qui nous manquaient, pas simplement les masques, mais aussi les procédures pour faire face à ce qui arrivait. Quand on nous demandait quelles décisions ont été prises ce qui est très étonnant dans cette crise c’est qu’il y a eu des dizaines de décisions prises en quelques heures et ça a été le premier choc de cette crise. Quand je dis en quelques heures parce qu’effectivement en quelques heures on a dû faire face à un Samu saturé d’appels pour répondre aux attentes des patients. On a dû créer des zones de débordement Covid et s’interconnecter très rapidement avec les Samu de Lille et d’Amiens.

Dans le même temps, on a augmenté de 150% notre capacité d’accueil en réanimation pour faire face au fait que la réanimation de Creil avait dû fermer, la réanimation de Compiègne a été extrêmement réduite et que l’on était le seul service de réanimation de l’Oise qui continuait à fonctionner.

On a dû dans le même laps de temps former tous les personnels à se protéger à prendre en charge des patients Covid et puis bien sûr à faire face aux craintes qu’ils pouvaient ressentir au tout début de la crise.

Puis les choses se sont progressivement structurées. On a redéfini entièrement les capacités de l’établissement pour pouvoir faire face. Au plus fort de la crise, on a accueilli jusqu’à 130 patients Covid sur l’établissement. Et ça s’est fait en quelques jours, ce qui fait qu’il a fallu non seulement redéfinir les organisations mais aussi recomposer totalement les équipes de l’établissement. On a mis en place à ma demande une unité psychologique de soutien au personnel avec une mobilisation de l’ensemble des psychologues de l’établissement qui sont allés à la rencontre de toutes les équipes pendant toute la crise et qui continuent encore ce travail. On a mis en place un Samu gériatrique pour aller aider les EHPAD du territoire. On s’est rendu compte à ce moment-là que tous les EHPAD n’avaient pas le même potentiel pour faire face à la crise et qu’il était important de les soutenir.

Et puis bien évidemment, on a développé des réponses sur le plan technique avec une unité mobile de dépistage avec la capacité de réaliser les tests PCR très rapidement, on a été un des premiers établissements non CHU à le mettre en place. Depuis, on continue tous les jours à prendre des décisions pour faire face à cette crise multiforme et qui impacte totalement nos savoirs, nos manières de faire, nos protocoles et qui exige encore beaucoup de réactivité.

Quelles seront vos priorités, à l’issue de cette crise ?

Deux moments. Parce qu’on est encore dans la crise, on a encore des décisions à prendre au quotidien et en même temps d’ores et déjà il y a des enseignements qu’on peut commencer à en tirer.

Je pense que c’est la première phase sur laquelle il faut qu’on travaille. Quels enseignements on tire, enseignement en termes de management, en termes d’organisation et enseignements en termes de stratégie de territoire.

Sur le plan du management de ce que nous a appris cette crise, c’est d’une part l’extraordinaire réactivité de nos professionnels qui ont fait face malgré la peur, malgré l’absence de confirmation sur ce qu’il fallait faire, pas faire, comment le faire et tout le monde s’est adapté et a fait preuve de réactivité. Dans nos décisions aussi, on a beaucoup expérimenté par la force des choses. On a beaucoup corrigé nos manières de faire et on le faisait au quotidien grâce à un aller-retour permanent avec le terrain. Et je pense que ce sens du travail avec le terrain est quelque chose qui va devoir continuer à être promu par l’ensemble de nos managers au niveau de l’établissement.

Et puis on a aussi beaucoup appris du soutien aux équipes, de la nécessité d’être très présents auprès d’eux. Pas simplement d’avoir la possibilité de venir consulter le psychologue du travail lorsqu’on en a besoin mais d’avoir un psychologue du travail qui va sur le terrain, qui rencontre des équipes, qui discute avec eux, qui nous fait remonter aussi au niveau de la direction ou des managers des problématiques du quotidien sur lesquelles il faut qu’on se penche, qu’on travaille, qu’on réfléchisse. Et ça c’est un des enseignements majeurs de la crise.

Et puis sur le plan stratégique, je crois que ce qu’elle nous a révélé, c’est la nécessité de cet ancrage territorial. On a réussi à faire face parce qu’on s’est allié aux autres établissements du territoire, y compris privés, qui ont participé avec nous à la gestion de cette crise. Et puis aujourd’hui un des enjeux pour moi c’est comment en sortie de crise on peut travailler avec la ville pour prendre en charge des patients à la fois Covid, non Covid, d’autant que l’enjeu, et on s’en rend compte depuis quelques semaines, c’est de la perte de chance pour un certain nombre de patients non Covid, qui n’ont pas consulté, qui ont eu peur de consulter et qui aujourd’hui doivent être pris en charge très rapidement.

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